samedi 17 juin 2017

Un blog sur Frede


Un livre n'y suffisait pas. Pour accompagner la biographie de Frede (Les Équateurs, mai 2017), j'ai donc mis en ligne un blog consacré spécifiquement à cette incroyable belle de nuit qui a fasciné Patrick Modiano, troublé Anaïs Nin, et séduit Marlene Dietrich ainsi que bien d'autres. 

Ce blog présente le Carroll's et les autres cabarets tenus par Frede, les femmes qu'elle a aimées, quelques hommes aussi, et comprend des documents inédits. Plusieurs articles publiés dans la presse à propos de Frede y sont reproduits.

Pour le consulter, il suffit de cliquer ici.

jeudi 15 juin 2017

Patrick Modiano en 200 tweets


Ce 14 juin, le jeune écrivain Clément Bénech, un passionné de Patrick Modiano, s'est livré à un exercice hors norme : raconter Modiano en 200 tweets. 

"La figure de Modiano a été si importante dans ma vie d'apprenti romancier que j'ai parcouru, ces dernières années, à peu près tout ce que l'on peut trouver de lisible à son sujet, raconte Clément Bénech. Je n'ai pas assez à en dire pour écrire un essai mais ce fil a été tout simplement l'occasion de faire mieux connaître ce très grand écrivain, par un médium nouveau." 

Le résultat, à la fois drôle, informé et émouvant, peut être lu intégralement ici, sur le site de bookwitty.

dimanche 11 juin 2017

Ed van der Elsken dans le Café de la jeunesse perdue

Chez Moineau en 1956, par Ed van der Elsken 

Le musée du Jeu de Paume, à Paris, présente du 13 juin au 24 septembre 2017 la première rétrospective consacrée en France à Ed van der Elsken (Amsterdam, 1925-Edam, 1990), une figure unique de la photographie et du cinéma documentaire néerlandais. 

Son travail n'est pas sans lien avec celui de Patrick Modiano. Le café parisien qui sert de cadre au roman Dans le café de la jeunesse perdue, paru en 2007, est en effet très directement inspiré de Chez Moineau, l’un des bistrots les moins chers de Paris dans les années 1950. Situé rue du Four, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, il fut à l’époque le quartier général d’une bande de jeunes fauchés dont l’un devint fameux : Guy Debord. Parmi eux figuraient aussi Fred (Hommel) et Jean-Michel (Mension), cités dans le roman. 

Pierre Feuillette (Jean-Michel) et Paulette Vielhomme (Claudine)
s’embrassant au café Chez Moineau, Rue du Four
Ed van der Elsken, jeune photographe alors installé à Paris, partagea un temps la vie de la tribu qui passait ses journées chez Moineau, et publia un album de photos prises sur place: Love on the Left Bank (Amsterdam, éd. de Bezige Bij, 1956), traduit sous le titre Une histoire d’amour à Saint-Germain-des-Prés. C’est à Ed van der Elsken que fait allusion Modiano au début du roman. 

Sur ses clichés apparaît notamment une jeune fille brune surnommée Kaki, qui a servi de modèle pour Louki, le personnage central de Dans le café de la jeunesse perdue

L'exposition du Jeu de Paume présente certains des clichés pris chez Moineau qui ont inspiré Modiano.

Jean-Michel Mension  par Ed van der Elsken (1953)
Jean-Michel Mension et Fred Hommel
devant le Mabillon
par Ed van der Elsken (1953) 

Musée du Jeu de Paume 
1, place de la Concorde · 75008 Paris

mardi 6 juin 2017

Deux livres de Modiano annoncés pour octobre

Modiano à Stockholm en 2014
Assez silencieux depuis le Prix Nobel de littérature qui lui a été attribué en octobre 2014, Patrick Modiano s'apprête à publier non pas un, mais deux nouveaux livres. C'est en tous les cas ce qui a été annoncé aux libraires, et dont on trouve désormais la trace sur les sites des principaux distributeurs de livres, comme Amazon

Ces ouvrages jumeaux, publiés comme les précédents par Gallimard, sont promis à ce stade pour le 26 octobre. 

Leurs titres : "Souvenirs dormants" et "Nos débuts dans la vie". 

Ces intitulés liant mémoire et recherche des origines ou d'un passé lointain, paraissent éminemment modianesques. Le second évoque en particulier ce passage de Quartier perdu (1985) : "Ne vous inquiétez pas : tous ces gens qui ont été les témoins de vos débuts dans la vie vont peu à peu disparaître. Vous les avez connus très jeune, quand c'était déjà le crépuscule pour eux." 

Il fait aussi songer à ces deux phrases extraites de Dans le café de la jeunesse perdue (2007): "Nous finissions par ne plus très bien savoir, Louki et moi, ce que nous faisions là au milieu de tous ces inconnus. Tant de gens croisés à nos débuts dans la vie, qui ne le sauront jamais et que nous ne reconnaîtrons jamais."

C'est la première fois que Patrick Modiano doit publier ainsi deux ouvrages simultanément. 

jeudi 1 juin 2017

Frede vu par Elle

Le magazine Elle a consacré l'ouverture de ses pages Livres du 26 mai 2017 à la biographie de Frede parue aux éditions Les Equateurs. 

Partant du personnage mentionné par Patrick Modiano dans plusieurs livres, la critique Olivia de Lamberterie évoque dans cet article la vie haute en couleurs de la véritable Frede. 



"TENDRE EST SA NUIT

QUI ÉTAIT CETTE FREDE QUI SÉDUISIT LES PLUS BELLES FEMMES DU MONDE ? 
UNE CAPTIVANTE BIOGRAPHIE MET EN LUMIÈRE CE TROUBLANT OISEAU DE NUIT.

PAR OLIVIA DE LAMBERTERIE

C’est sur la couverture de « Remise de peine », de Patrick Modiano, où elle est croquée par Pierre Le-Tan, que Denis Cosnard rencontre son ex-star des fifties. Frede fait partie des «drôles de gens » que croise Modiano enfant, dans la maison de Jouy-en-Josas où sa mère l’a laissé. Ce Carroll’s, dont parlent les adultes, n’est pas un cirque, comme l’imagine le petit garçon, mais la boîte de nuit tenue par Frede et fréquentée par Marlene Dietrich, Orson Welles ou Françoise Sagan. « Je me souviens d’avoir vu de mes yeux Rita Hayworth arrivant au bras de François Mitterrand, alors jeune ministre ! » se souvient un ancien maître d’hôtel. Avec l’aide du neveu et d’une voisine de son héroïne, le journaliste part sur les traces de Frede, à pas de loup, décrivant dans son sillage le monde des gens de la nuit et des stars sans fard. Le scandale ne guide pas la plume du journaliste, mais l’intime ; ses révélations sont feutrées comme l’ambiance ouatée de minuit, quand on tombe le masque pour s’autoriser à être enfin soi-même.

C’est toujours la même histoire, rien ne prédisposait Suzanne, née en 1915, fille d’une plumassière et d’un agent d’assurances, à devenir Freddie belle gueule. Sans doute, l’affection reçue enfant lui a donné la force d’être une femme affranchie qui aime les femmes, qui ensorcellera jusqu’à Marlene Dietrich, lui valant ainsi l’appellation de « la plus grande lesbienne au monde ». Les moeurs sont libres, mais pas les lois. En 1933, lorsque la star allemande arrive à Paris, vêtue de parfaits costumes masculins, le préfet de police la menace d’arrestation si elle persiste à s’habiller en homme. 

Rusant avec les interdictions, dandy androgyne, femme des coulisses qui dévisage ses invités du haut de l’escalier du Carroll’s, Frede ne se laisse pas faire. Denis Cosnard égrène ses amours (Maria Félix, Lana, la dernière épouse de Sacha Guitry, Zina, Miki), ses chagrins et ses succès entre Paris, Biarritz et la Côte d’Azur, où ses bars (dans lesquels les dames peuvent danser entre elles) affolent la jet-set. Mais, éclaboussée par la lumière du jour, cette belle de nuit conserve son mystère, et c’est en cela qu’elle est irrésistible.

« FREDE », de Denis Cosnard (Équateurs, 230 p.)."